Une route solaire de l’Orne à la décharge : quel bilan après sept ans d’expérimentation ?

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Une route solaire de l’Orne à la décharge : quel bilan après sept ans d’expérimentation ?

Un pari audacieux sur l’avenir énergétique

Lorsque les premiers panneaux solaires ont été posés sur cette départementale de l’Orne, l’enthousiasme était palpable. L’État investissait pas moins de 5 millions d’euros dans ce projet porté par Colas et sa filiale Wattway, avec l’ambition de doter la France de 1 000 km de routes solaires d’ici 2020. L’idée était séduisante : transformer nos infrastructures routières en sources d’énergie propre, tout en permettant aux véhicules de circuler normalement.

Au-delà de l’aspect énergétique, cette route solaire devait aussi servir de laboratoire grandeur nature pour tester la résistance et l’efficacité de cette technologie innovante. Les ingénieurs de Wattway espéraient ainsi perfectionner leurs panneaux photovoltaïques, en les soumettant aux contraintes réelles d’une route fréquentée.

Des résultats en demi-teinte

Malheureusement, les premiers mois d’exploitation ont rapidement douché les espoirs suscités par ce projet. Des problèmes techniques sont apparus, obligeant régulièrement les responsables à fermer la route :

  • Nuisances sonores
  • Affaissements de terrain
  • Encrassement des cellules solaires

Mais surtout, la production d’électricité s’est avérée bien en deçà des attentes. Au mieux, cette route solaire de 1 km n’a pu alimenter que trois foyers, loin des ambitions affichées. Malgré l’installation de nouvelles dalles solaires en 2020 et 2021, sur une portion réduite à 400 mètres, les performances ne se sont pas améliorées de manière significative.

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Tirer les leçons de l’expérience

Face à ces résultats décevants, le conseil municipal de Tourouvre a finalement décidé en février dernier de mettre fin à l’expérimentation. Depuis le 27 mai, les ouvriers s’affairent à démanteler ce qui fut la première route solaire de France.

Pour autant, les responsables de Wattway préfèrent retenir le positif de cette expérience. S’ils reconnaissent que leurs panneaux ne sont « pas adaptés à une route standard », ils estiment que ce test grandeur nature a permis de faire progresser la technologie. Les données recueillies pendant ces sept années seront précieuses pour améliorer la résistance des matériaux, optimiser les méthodes de pose ou encore perfectionner les vernis protecteurs.

Surtout, Wattway a pu réorienter sa stratégie vers des applications plus pertinentes, comme la construction de pistes cyclables solaires. Une cinquantaine de sites ont déjà été équipés avec la solution développée à Tourouvre.

Si la première route solaire de France n’a pas tenu toutes ses promesses, elle aura au moins eu le mérite d’ouvrir la voie à de nouvelles expérimentations. En se frottant aux réalités du terrain, les ingénieurs ont pu identifier les limites de leur technologie et l’adapter à des usages plus appropriés. Nul doute que les enseignements tirés de ce projet nourriront les innovations de demain en matière d’énergies renouvelables. Car c’est aussi en osant, en essayant, et parfois en échouant, que la science progresse et que nous construisons un avenir plus durable.