Lucid Air Sapphire de 1 251 ch : notre supertest révèle ses consommations et son autonomie réelles

Elodie GARNIER

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Lucid Air Sapphire : une berline électrique de 1 251 ch passée au supertest automobile

La Lucid Air Sapphire associe une batterie de grande capacité à trois moteurs électriques et à une puissance annoncée de 1 251 ch. Son tarif de 252 900 euros la réserve à un public très restreint, mais cette voiture électrique mérite aussi d’être examinée sous un angle moins spectaculaire : que reste-t-il de son autonomie quand on la conduit sur route, sur voie rapide ou à vitesse élevée ?

Le supertest automobile apporte une réponse mesurée. Les données recueillies montrent comment les choix propres à cette version sportive, notamment ses pneus larges et ses éléments aérodynamiques, influencent la consommation réelle. Elles permettent aussi de distinguer la puissance maximale, rarement sollicitée en conduite courante, de l’énergie effectivement utilisée pour parcourir une distance donnée.

La chaîne de traction réunit trois machines synchrones à aimants permanents. Deux prennent place à l’arrière dans un ensemble nommé Megawatt Drive. La puissance maximale atteint 920 kW, soit 1 251 ch, tandis que le couple annoncé grimpe à 1 940 Nm. À ce niveau, les accélérations imposent une gestion thermique rigoureuse : la voiture adapte la puissance selon le mode sélectionné et la température de sa batterie.

La batterie Samsung SDI affiche une capacité totale de 118 kWh. Les mesures indiquent qu’un peu plus de 112 kWh sont réellement utilisables sur la plage de charge. Elle se compose de 22 modules et fonctionne sous une tension nominale de 810 volts. Cette architecture haute tension participe à la puissance de recharge rapide, mais elle ne fait pas disparaître l’effet du poids, des pneus ou de la vitesse sur les kilomètres parcourus.

La Sapphire pèse 2 495 kg en ordre de marche. Son rapport poids puissance, voisin de 2,1 kg par cheval, donne une idée de la réserve disponible à l’accélération. Les pneus Michelin Pilot Sport 4S mesurent 265 mm de large à l’avant et 295 mm à l’arrière. Leur adhérence est adaptée à une voiture de ce niveau, avec une contrepartie bien concrète : une résistance au roulement supérieure à celle de pneus moins larges.

La fiche technique annonce 694 km selon le cycle WLTP et une consommation de 19,1 kWh aux 100 km, pertes à la recharge comprises. La valeur nette indiquée est de 17,0 kWh aux 100 km. Ces chiffres décrivent un protocole normalisé, utile pour comparer des modèles, mais ils ne prédisent pas exactement un trajet réel, surtout quand la conduite sollicite les moteurs ou que la vitesse augmente.

Donnée mesurée ou annoncée Valeur
Puissance maximale 920 kW, soit 1 251 ch
Couple maximal 1 940 Nm
Capacité totale de la batterie 118 kWh
Capacité utilisable mesurée Un peu plus de 112 kWh
Autonomie WLTP annoncée 694 km
Recharge rapide maximale annoncée 315 kW

Une analyse complémentaire des accélérations est présentée dans cet essai détaillé de la Lucid Air Sapphire. Les résultats de consommation prennent leur sens lorsqu’on les rapproche de cette mécanique : le même véhicule peut rouler calmement avec une puissance largement disponible, puis mobiliser une part considérable de son énergie en quelques secondes.

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Consommation réelle et autonomie mixte de la Lucid Air Sapphire

Sur le parcours mixte de 100 km, la Lucid Air Sapphire a consommé 20,3 kWh aux 100 km. La mesure rassemble des portions de route, de voie rapide et de ville, avec une moyenne calculée dans les deux sens. À cette valeur, l’autonomie théorique atteint environ 551 km si l’on rapporte la capacité utilisable à la dépense d’énergie observée.

La distinction entre capacité totale et capacité exploitable explique les écarts entre les estimations. En divisant les 118 kWh bruts par la consommation mesurée, on obtient une distance théorique supérieure, proche de 580 km. Une fois la réserve de batterie prise en compte, la portée utile se rapproche plutôt de 550 km. Pour préparer un trajet, cette dernière valeur est la plus pertinente : l’énergie inaccessible au conducteur ne peut pas servir à rallonger l’étape.

Les résultats par type de parcours montrent des écarts nets. La moyenne atteint 20,5 kWh aux 100 km sur route, 23,0 kWh sur voie rapide et 17,3 kWh en ville. La circulation urbaine peut sembler favorable à une voiture aussi lourde, car les phases de ralentissement donnent au freinage régénératif l’occasion de récupérer une partie de l’énergie. À vitesse soutenue, cette récupération joue moins souvent et la résistance de l’air prend le dessus.

La Sapphire est 159 kg plus lourde qu’une Lucid Air Grand Touring équipée de jantes de 21 pouces. Ses pneus sportifs sont aussi plus larges. Ces éléments expliquent une part de l’écart observé avec cette version, qui affiche une consommation inférieure sur des parcours comparables. Le résultat n’a rien d’étonnant : le moteur électrique peut être efficient, mais la masse et les frottements demandent toujours de l’énergie pour déplacer la voiture.

Une consommation moyenne de 20,3 kWh aux 100 km reste raisonnable au regard des dimensions et des performances de la berline. Elle rejoint celle relevée sur une Alpine A390 GT dotée de trois moteurs. Cette comparaison situe le résultat dans le paysage des véhicules sportifs à transmission électrique, sans effacer les différences de carrosserie, de pneumatiques ou de conditions d’essai.

Pour un conducteur qui parcourt surtout de courtes distances en ville, le chiffre moyen ne suffit pas à décrire chaque journée. Les trajets répétés à froid et les accélérations appuyées font monter la dépense. À l’inverse, une circulation fluide et une conduite régulière rapprochent la voiture de ses valeurs les plus basses. La température extérieure, le chauffage et le relief modifient aussi le résultat, comme sur toute voiture électrique.

  • Sur le parcours mixte, la mesure s’établit à 20,3 kWh aux 100 km.
  • La consommation observée en ville descend à 17,3 kWh aux 100 km.
  • Sur route, la valeur moyenne atteint 20,5 kWh aux 100 km.
  • La voie rapide fait grimper la moyenne à 23,0 kWh aux 100 km.

Ces chiffres donnent une base concrète pour estimer l’autonomie réelle. Ils montrent surtout que la Sapphire peut parcourir plusieurs centaines de kilomètres sans que sa puissance maximale soit utilisée en permanence.

Sur autoroute, la vitesse pèse davantage sur l’autonomie réelle

Sur autoroute, la consommation mesurée atteint 24,9 kWh aux 100 km. Rapportée à la capacité totale, cette valeur donne une autonomie théorique d’environ 475 km. En tenant compte de la plage réellement disponible dans la batterie, l’autonomie utilisable se situe autour de 450 km. C’est le chiffre le plus utile pour planifier une longue étape sans compter sur une arrivée à batterie presque vide.

Le trajet compilé par l’équipe d’essai ne reprend pas le parcours habituel de 500 km entre Lyon et Paris. Il rassemble des relevés sur les autoroutes françaises, ainsi que des kilomètres parcourus entre Francfort et Munich. Ce cadre permet de mesurer la voiture sur des trajets variés, mais les conditions et le rythme ne sont pas uniformes. Le résultat de 24,9 kWh aux 100 km correspond aux relevés autoroutiers retenus, tandis qu’un parcours plus rapide peut faire grimper la moyenne.

Une mesure à vitesse stabilisée isole mieux l’effet de l’allure. La Sapphire a consommé 17,8 kWh aux 100 km à 90 km/h, 21,2 kWh à 110 km/h et 25,8 kWh à 130 km/h. La différence entre 90 et 130 km/h dépasse donc 8 kWh aux 100 km. Ce saut vient principalement de l’effort nécessaire pour vaincre la résistance de l’air, qui augmente rapidement avec la vitesse.

La Lucid Air possède une silhouette très profilée, mais la Sapphire se distingue des versions plus tranquilles. Ses extensions d’ailes et son aileron en fibre de carbone répondent aux besoins de stabilité à haute vitesse. Les estimations aérodynamiques disponibles placent son coefficient de traînée autour de 0,23, contre une valeur annoncée de 0,197 pour la version la plus aérodynamique de la gamme. Le SCx estimé passe ainsi d’environ 0,46 à un peu moins de 0,54 m².

Les pneus participent aussi à l’écart. Une enveloppe arrière de 295 mm offre une surface de contact généreuse pour transmettre le couple, mais elle exige davantage d’énergie qu’un pneu plus étroit. Sur un trajet de plusieurs centaines de kilomètres, ces détails prennent de l’ampleur : une hausse de quelques kilowattheures aux 100 km réduit la distance entre deux arrêts et peut prolonger le temps de déplacement.

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Le parcours de 930 km entre Lyon et Munich a affiché 28,4 kWh aux 100 km. Cette valeur élevée s’explique par un rythme soutenu et par des portions d’autoroute sans limitation de vitesse, utilisées notamment pour les essais de performances. Elle ne décrit donc pas une croisière ordinaire à allure constante. Elle montre plutôt ce que coûte l’usage intensif d’une berline capable de rouler très vite.

À titre de comparaison, la Porsche Taycan Turbo GT appartient elle aussi à cette catégorie de voitures électriques où la vitesse et l’adhérence passent avant la sobriété absolue. Les données de la Taycan Turbo GT offrent un autre point de repère pour comprendre ce que les pneus sportifs et la puissance font à l’autonomie lors d’un usage appuyé.

Sur une longue distance, la Sapphire reste donc utilisable, à condition d’adapter les étapes à l’allure choisie. Une conduite régulière autour des vitesses autorisées donne une autonomie plus prévisible qu’une succession d’accélérations suivies de phases rapides. La marge entre les deux situations est suffisamment large pour compter dans l’organisation d’un voyage.

Éco conduite et recharge rapide : les limites pratiques des mesures

La Lucid Air Sapphire ne possède pas de mode Éco. Le réglage le plus doux, nommé Smooth, conserve pourtant une puissance disponible proche de 570 kW, soit environ 780 ch. Cette réserve ne signifie pas que la voiture consomme nécessairement plus à chaque instant : la dépense dépend d’abord de l’énergie demandée par l’accélérateur, de la vitesse et des conditions de circulation.

Sur le parcours dédié à l’éco conduite, la consommation a atteint 13,3 kWh aux 100 km. En utilisant cette valeur et la capacité totale de 118 kWh, l’autonomie théorique approche 890 km. L’estimation fondée sur la capacité réellement utilisable serait plus courte. Il faut donc lire les deux données ensemble : la première décrit un calcul sur la capacité nominale, la seconde correspond à la réserve d’énergie accessible en conduite.

Cette mesure montre qu’une berline très puissante peut rester sobre quand elle roule doucement. Elle dépasse néanmoins de 3,7 kWh aux 100 km la valeur relevée sur une Grand Touring au même exercice. Les pneus, la masse et les appendices aérodynamiques ne disparaissent pas lorsque le conducteur adopte une conduite souple. Une Audi Q6 e tron quattro peut approcher une consommation comparable sur un parcours calme, tandis qu’une Lotus Emeya S a enregistré une valeur plus élevée dans le même type d’exercice.

La recharge rapide atteint une puissance maximale annoncée de 315 kW en courant continu. Le constructeur indique environ 29 minutes pour passer de 10 à 80 %. La puissance de pointe ne reste pas constante pendant toute la session : elle dépend de la température de la batterie, du niveau de charge et de la borne. Pour retrouver une puissance élevée, le préconditionnement thermique prépare la batterie avant l’arrivée à une station compatible.

La recharge en courant alternatif est annoncée à 20 kW. Cette puissance convient à une recharge prolongée sur une installation adaptée, mais le ravitaillement en courant continu reste le choix logique lors d’un grand trajet. La durée réelle dépend aussi de la borne utilisée. Une station qui ne délivre pas assez de puissance, ou qui partage son énergie entre plusieurs véhicules, ne donnera pas le même résultat que le meilleur cas théorique.

La capacité de la batterie complique aussi la comparaison entre autonomie et temps de recharge. Une grande réserve offre une portée intéressante, mais récupérer une quantité importante d’énergie prend du temps, même avec une puissance de pointe élevée. Pour un trajet, le conducteur gagne à viser une charge suffisante pour atteindre l’arrêt suivant plutôt qu’à attendre systématiquement 100 %, où la puissance baisse en général.

Les essais de consommation ont été réalisés avec la climatisation coupée lors des mesures stabilisées à vitesse fixe, afin de mieux isoler les résistances à l’avancement. Dans la vie courante, le chauffage ou la climatisation ajoute une dépense qui varie selon la météo et la durée du trajet. Sur une étape courte, cet effet peut peser davantage dans le calcul que sur plusieurs centaines de kilomètres.

La Sapphire se montre donc capable de parcourir près de 450 km sur autoroute dans les conditions mesurées, tout en pouvant dépasser largement cette distance lors d’un parcours très calme. La recharge rapide réduit les pauses, mais le rythme adopté reste le facteur qui déplace le plus l’autonomie d’un trajet à l’autre.

Performances électriques, freinage et confort à bord

Les accélérations distinguent nettement la Sapphire des grandes berlines électriques ordinaires. En mode Smooth ou Swift, le 0 à 100 km/h prend 3,18 secondes et le 400 mètres départ arrêté est parcouru en 10,75 secondes. Le mode Sapphire réduit ces valeurs à 2,89 secondes et 9,90 secondes. En mode Dragstrip, les chronos mesurés atteignent 2,47 secondes pour le 0 à 100 km/h et 9,50 secondes sur 400 mètres.

Le 80 à 120 km/h demande à peine plus d’une seconde dans les modes les plus rapides. La voiture atteint 330 km/h en 21,41 secondes selon les mesures communiquées. Ces chiffres décrivent une capacité d’accélération exceptionnelle, mais ils ne correspondent pas à une conduite fréquente sur route ouverte. Une accélération à pleine puissance sollicite fortement la batterie et la gestion thermique.

Pour obtenir les meilleurs résultats, la batterie doit être préconditionnée. Après un départ à froid ou une recharge rapide, l’attente peut approcher 30 minutes avant que le système autorise les performances maximales. Une accélération jusqu’à la vitesse de pointe impose ensuite un nouveau cycle de préparation. Trois accélérations jusqu’à 250 km/h demandent également une période de refroidissement plus courte. La puissance est spectaculaire, mais elle ne se répète pas à la demande sans tenir compte de la température.

Les chiffres du constructeur sont établis selon une méthode qui retire environ deux dixièmes de seconde grâce au « One Foot Rollout ». Les pneus Pirelli P Zero Trofeo RS LM1, proposés en option, peuvent aussi améliorer les départs. Les temps annoncés ne sont donc pas directement comparables aux relevés réalisés avec les pneus Michelin Pilot Sport 4S. Cette précision évite de confondre une mesure indépendante et un résultat obtenu dans des conditions spécifiques.

Le freinage fait appel à des disques de 380 mm à l’avant et de 375 mm à l’arrière, avec des étriers à six pistons devant et quatre derrière. Depuis 130 km/h, la distance d’arrêt relevée est de 63 mètres, proche des 64 mètres mesurés sur une Grand Touring. Ces résultats proviennent de conditions normales d’utilisation et ne montrent pas nécessairement tout le potentiel des disques en carbone céramique.

La récupération d’énergie au lever de pied se règle sur trois niveaux. En mode Off, la voiture continue de rouler sur une longue distance, avec 563 mètres mesurés avant l’arrêt selon le protocole. Le mode Standard réduit cette distance à 119 mètres, et le mode High à 91 mètres. La décélération est assez forte pour conduire au quotidien sans toucher à la pédale de frein dans la plupart des situations, hors freinage d’urgence.

La pédale de frein agit sur le système de freinage mécanique, sans ajouter de récupération au début de sa course. Le conducteur peut ainsi distinguer le ralentissement régénératif de l’action des freins. C’est une configuration qui demande un court temps d’adaptation, mais le mode High donne un contrôle précis de la décélération en circulation dense.

Les réglages sportifs ne rendent pas l’amortissement cassant. Sur les routes dégradées, les occupants ressentent davantage les mouvements de caisse qu’à bord d’une version plus souple, mais la voiture conserve un niveau de confort élevé. La sellerie sombre, la qualité des matériaux et le système audio renforcent cette impression de grande routière, malgré les capacités d’une voiture de sport.

À l’arrière, la batterie réduit la cave à pieds disponible sur certaines versions de la gamme. Les jambes sont donc plus relevées, mais l’espace reste généreux pour une berline. Le coffre arrière offre 627 litres et le coffre avant 283 litres, soit 910 litres de rangement au total. La Sapphire peut ainsi transporter des bagages pour un déplacement prolongé sans renoncer à l’espace propre à une grande berline.

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Elodie GARNIER

Je suis ingénieure ENSE³ devenue journaliste scientifique ; depuis 2018, je pilote la rubrique « Technologies & transition énergétique » d’ElectricalPowerSystems.eu, où j’explique smart grids, stockage et régulation européenne à l’aide de données solides et d’images parlantes. Pianiste de jazz et cycliste convaincue, je glisse volontiers une métaphore musicale ou un retour de terrain dans mes articles tout en mentorant les étudiantes de l’association Women in Power.